retour d'expérience
Debuter - François Langlet - 2010-06-10
François Langlet
In memoriam Jim Mitchell
Ce texte a pour objet de relater mon retour d'expérience de l'école de BASE jump de Dominik Loyen.
La lecture de la contribution d'Anthony Fonteyne m'a donné envie de relater ma découverte du BASE. Je ne sais pas si ma démarche est conventionnelle et conforme à l'éthique du BASE, mais c'est celle que j'ai choisie pour débuter dans ce sport.
Après 500 sauts d'avion en l'espace de 4 ans et une envie de plus en plus forte de découvrir cette discipline, j'ai décidé de franchir le pas ou plutôt le pont. Pour ce faire j'ai décidé de suivre la formation proposé par Domink Loyen, un BASE jumper confirmé qui propose un "First Jump Course" à Empuria Brava.
Avant de participer à cette école, je me suis fait prêter un matériel complet pour me familiariser avec le pliage : ce fut une école d'humilité, tellement je trouvais cela compliqué, chaque nouveau pliage ressemblait pourtant un peu plus à ce que je visionnais sur le DVD, mais je n'étais pas très satisfait de moi … J'ai pu aussi faire des sauts d'avion à 1200m avec la voile montée dans un sac école, pour découvrir le pilotage de ce paquebot de 293 pieds carrés.
Pour parler de la partie BASE de ce stage, je vais faire une analogie dans la formation traditionnelle en parachutisme.
A Empuria, les jours passés sur place sont intensifs : sauts d'avion à 1200 m (entre 3 et 4) avec des exercices imposés pour découvrir le pilotage de la voile (travail aux élévateurs arrières principalement : décrochage de voile et virage, 90°, 180°, virages à 360° gauche et droite, …), théorie : le matériel (voile, harnais, options, taille des extracteurs en fonction de la durée de chute, …), les incidents, les différents types de sauts (pont, falaise, antenne, bâtiment), la sécurité, l'entraînement à simuler la position de saut, le pliage. Sur cette dernière partie, j'ai pu me rendre compte que les heures passées à suer sur la voile et à me poser la question existentielle que chacun doit se poser régulièrement à l'issue de la fermeture du sac : sauterais-je avec ? ont été très bénéfiques et ont trouvé très rapidement une réponse avec la présence rassurante de Dominik et ses conseils lors du pliage.
A l'issue de cette partie du cours, nous allons en France pour les sauts de pont. Cela commence par la découverte du pont à partir de la zone de poser afin de reconnaître les lieux. On regarde les obstacles éventuels (quelques arbres), la vitesse du vent au sol, le lieu d'attente abrité pour ne par attirer les regards et ranger sommairement le parachute dans le sac de transport en attendant la voiture. Puis on se dirige vers le pont ; dernière vérification du matériel, on s'équipe et on se retrouve dans la gouttière du pont à trottiner, pencher vers l'avant pour être le plus discret possible. Difficile de rendre compte de son état d'esprit à ce moment-là (on a plutôt l'impression d'avoir laissé son esprit dans la boîte à gants de la voiture !). Arrivé à l'endroit le plus haut de la structure, 145 m, on se pose quelques instants avant de sauter. Dominik vérifie le vent ; il n'y en a pas. Je me propose de partir en premier. Le premier saut en PCA (Pilot Chute Assistance) : je respire un grand coup et enjambe la rambarde, me voilà en équilibre sur quelques centimètres de béton, je fixe le ciel, je prends la position, un dernier regard à Dominik, souriant, et je commence le décompte : three, two, one, go !; je bascule vers l'avant et je donne l'impulsion. Moment certainement extraordinaire dont j'ai oublié les sensations, la voile est déjà déployée au-dessus de ma tête : I did it !!! Je suis surpris par le silence, le sol me semble proche : il est proche. Je saisis les commandes en me disant que je ne dois pas les lâcher. Je me dirige vers le champ, j'évolue en douceur et je me pose sans encombre là où je le souhaitais. Je commence à rassembler mon parachute et je regarde mes camarades de jeu sauter eux aussi. La pression ne commence à retomber qu'après nous être regroupés pour ranger le matériel et attendre le "taxi" pour l'hôtel. Je ne garde pas un trop bon souvenir du pliage dans un couloir étroit et peu éclairé avec le passage des clients surpris et intrigués d'éviter un extincteur posé dans un sac et une personne à genoux en train de chercher en pestant cette "

?## !!!" de suspente D qui reste cachée. Avec le recul, c'est aussi une bonne école pour plier, le cas risquant de se reproduire dans le futur …
Si j'ai parlé de l'analogie avec la méthode d'enseignement traditionnelle du parachutisme c'est que la suite du déroulement des sauts en est très proche : le second saut se fait toujours en PCA, mais avec simulation du lâché de l'extracteur (on lâche un morceaux de papier blanc) ce qui est l'équivalent de la "poignée témoin" puis les troisième et quatrième sauts se font avec une seconde puis deux secondes de chute, extracteur à la main, ce qui correspond à l'ouverture retardée de la "tradi".
Pour mon dernier saut, j'ai plié et fermé mon sac seul. J'ai passé une bonne partie de la nuit à refaire le pliage dans ma tête. J'ai trouvé les 2 secondes de chute "rapides" et j'ai adoré le moment de solitude entre le lâché de l'extracteur et l'ouverture de la voile. J'ai eu un 90° à l'ouverture et, réflexe de parachutiste, j'ai cherché les commandes plutôt que de me ré axer aux élévateurs. 2 secondes de chute, après observation des sauts de mes camarades, c'est long et idéal au regard de la hauteur du pont. Impressionnant même !
A l'issue de cette école, il me reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour continuer dans ce sport, mais j'ai franchi le pont et maintenant il me reste à travailler sur moi pour le pratiquer en toute sécurité en respectant le danger et en apprivoisant ma "peur". Merci à Dominik de m'avoir mis en confiance et de m'avoir permis de franchir cette rambarde de 50 cm.
Pour les personnes qui souhaitent en savoir plus sur la formation proposée par Dominik :
http://www.321base.eu. On le trouve aussi sur Facebook, mais je refuse d'y mettre les pieds, si vous êtes familier de ce mode de "communication", vous le trouverez facilement.
François Langlet