Quelques leçons tirées d'un apprentissage non conventionnel du BASE
Securite - Ralph Greenaway, posté sur le forum
www.basejumper.org - Traduction : Nicolas Ecarnot - 2006-09-15
www.basejumper.org J'espère que chacun pourra en tirer quelque chose.
Je suis tombé amoureux du BASE en regardant une vidéo à l'âge de 16 ans.
Ma seule raison de me mettre au parachutisme fut d'apprendre le BASE jump.
Il m'a fallut 12 ans d'économies pour acheter mon matériel de BASE.
J'avais 98 sauts quand je l'ai commandé.
Je n'avais jamais vu un piège de BASE avant.
J'ai choisi une MOJO pour une seule raison : Le seul BASE jumper que j'ai rencontré disait l'avoir essayé.
J'ai menti sur mon expérience et le fait d'avoir un instructeur pour l'obtenir.
J'ai encore fait 50 sauts supplémentaires en attendant de la recevoir.
J'ai regardé quelques vidéos.
J'ai posé quelques questions sur internet.
Personne ne voulait m'emmener, et je pouvais payer un piège ou un cours de BASE, mais pas les deux.
Bon ou mauvais choix, j'ai acheté un piège.
J'ai dépensé quelques sous supplémentaires pour une vidéo de pliage.
J'ai fait 5 pliages d'entraînement.
- Saut 1
L'amie qui me tenait le direct bag avait plus peur que moi.
Elle n'avait jamais vu de parachutisme.
L'objet n'a été sauté que deux fois, et j'ai fait le 2ème saut en PCA lors de mon premier saut.
- Saut 2
Solo – commandé lâché instantané, depuis un pont bien connu en UK.
Je l'aurais cru plus haut; j'aurais plutôt dit 120 mètres pour ce pont de 70 mètres.
Assis à l'exit, j'ai vérifié mon matériel.
Ma drisse était passée dans une cuissarde.
J'ai manqué mon posé et passé un moment à m'extraire de la boue.
- Saut 3
Solo – Antenne de 240m, mon premier délai
Vu d'aujourd'hui, je dirais que j'ai fait un gros 4 ½, voir 5, glisseur bas.
Ca s'est ouvert, ça volait, j'ai boité pendant une semaine suite au choc dans le harnais.
- Saut 4
Une falaise de la cote sud (et pas celle qui est connue)
Certains copains m'ont dit que ça avait été sauté, dieu sait où, sans être sûrs
Aujourd'hui, je pense que j'avais alors ouvert un nouvel exit.
J'y suis retourné à 120 sauts, j'ai constaté que ça faisait 75 m, positif, et sans posé
Quelle naïveté ! Je voyais ça comme un super 4ème saut.
Après une ouverture, un vol et un posé parfait, je me déséquipe.
J'avais oublié de fermer ma sangle de poitrine.
- Sauts 5 à 13
Parti en Norvège – JJ donnait son cours de BASE.
J'ai tapé les rochers, j'ai posé dans l'eau
Après un 4 secondes, j'ai mis ma voile dans les arbres du talus
Ce ne fut pas un tirage bas très malin, j'ai mal évalué mon altitude
Je regardais le posé comme référence
A ma verticale, le sol était 180m plus haut.
Les autres baseux que j'ai rencontré et le temps qu'ils m'ont accordé m'ont ouvert les yeux.
- Saut 14
Solo – Falaise du SO,
85m
Rien à voir avec les sauts norvégiens.
A 100 sauts j'avais sauté 30 objets en UK et plus de 50 solos.
J'ai sauté des objets sans savoir s'ils avaient été faits.
J'envoyais fort, je me sentais invincible.
J'y remontais seul quand tout le monde redescendait par fort vent.
- Saut 121
Je me suis réveillé dans une vallée dont je n'avais aucun souvenir.
Au pied d'un exit inconnu
Je ne me souviens même plus de mon ouverture, ni de mon vol.
J'avais froid, j'étais seul, mon visage était couvert de sang.
Le saut numéro 121 est sans doute celui qui fait que je suis encore vivant aujourd'hui.
Je n'aurais pas du y survivre.
Ca m'a botté le train, et m'a fait changé ma pratique.
C'était la même falaise que le saut 14 qui était devenu mon habituel spot local.
La nuit précédente, j'avais sauté deux fois par fort vent travers.
A deux reprises j'ai eu une orientation, obligé de me pendre aux arrières tout le long afin de m'éloigner du mur.
Les deux fois mon extracteur raclait la paroi. Je me suis dit que je devais être bon pour faire ça.
J'ai sauté par vent très calme, 20 km/h de vent travers
J'ai sauté entre les rafales.
J'ai retardé pour passer à l'abri du vent.
Je savais parfaitement dans quoi je me lançais.
J'avais passé deux heures à aller au pied, puis en haut pour vérifier le vent.
Je savais qu'en ouvrant sous 30m je serais protégé du vent.
La dernière chose dont je me souviens est de commencer à me sentir assis dans le harnais.
J'ai peut-être tiré trop haut.
Plus plausiblement mon plan était complètement con.
Je crois que j'ai ouvert en 180.
Je crois que ma tête a tapé une vire à l'ouverture.
Je crois que j'ai volé sous une voile partiellement gonflé jusqu'à terre.
J'ai calculé ensuite être resté inconscient pendant 55 minutes.
J'étais dans un fossé, entre la route et la face, avec mes vêtements couverts de givre.
Ma voiture était à 10 mètres, le téléphone à l'intérieur, et il faisait très très froid.
J'ai mit une demi heure pour couvrir la distance, mais mon téléphone ne captait rien.
Après m'être encore évanoui dans la voiture, j'ai réussi à démarrer et m'en sortir.
Pourquoi certains survivent, quand d'autres meurent pour moins que ça, on ne le saura jamais.
Sur ce couplà, je n'avais pas le droit de m'en tirer.
Heureusement, ce fut le signal d'alerte nécessaire.
Leçons que j'en ai tiré
Vous en voulez une longue liste ?
Vérifiez tout votre matériel avant de plier.
A intervalle régulier, suspendez votre voile et inspectez là.
Soignez vos vérifications lors du pliage.
Soignez vos vérifications après le pliage.
Comptez vos outils.
Ne laissez pas votre drisse de pliage autour des suspentes. Dans le cas contraire, laissez à votre videoman un paquet de bandes video pour les copies.
Essayez de ne pas vous faire distraire lors du pliage.
Après avoir bu quelques bières, et quand une superbe fille vient chez vous pour vous regarder plier, ne pliez pas, elle n'est pas là pour ça. Si vous insistez pour plier et parvenez à faire revenir la fille plus tard, ne laissez pas votre drisse autour de vos suspentes. Non seulement vous perdrez la fille, mais vous hériterez également d'une vidéo bien embarrassante.
Faites une vérification complète de votre matériel en l'embarquant dans le coffre.
Ca peut vous éviter de vous retrouver après un long trajet sans extracteur.
Apprenez à vérifier votre matériel les yeux fermés.
Vous n'aurez pas forcément la possibilité d'allumer une lampe à l'exit.
Vérifiez complètement votre matériel en vous équipant.
Jetez un coup d'oeil à vos copains à l'exit.
Comptez sur eux pour en faire autant.
Vous les remercierez quand l'un d'entre eux se tournera vers vous en disant :
« Tu pense fermer ta sangle de poitrine avant d'y aller ? »
C'était juste avant de sauter en ailes l'exit point 4 en Norvège, à 300 sauts.
Inspectez le posé. Si vraiment c'est impossible, interrogez quelqu'un qui le connaît. Le posé à un
aspect très différent de 90m ou 900m que depuis le sol.
N'arrivez pas à l'exit au crépuscule, souhaitant faire un long vol en ailes dans l'obscurité, pensant
que le posé sera là quelque part. Quand on est sous voile, à 150m au dessus d'une forêt de pins, on
n'est pas sûr de trouvé le posé. Je ne l'ai jamais trouvé.
Évaluez correctement votre saut :
- Est ce suffisamment haut ?
- Existe t il un posé ?
- Existe t il des alternatives ?
- A quelle hauteur faut il être pendu pour rejoindre le posé ?
- Peut on aller au posé après un 180 ?
- Vérifiez les dangers entourant le posé.
- Vérifiez les posés de secours, même si vous pensez ne jamais en avoir besoin.
- Quand vous vous trouvez, de nuit, vent de dos, en train d'élaguer les arbres alentours avec les deux stabilos, ce n'est pas le moment choisi pour vous demander si vous avez contrôlé l'état de vos suspentes.
- Imaginez les incidents de retour falaise en classant du pire au moins pire.
- Réfléchissez y avant le saut, vous gagnerez un temps très précieux sous voile.
Exemple
Un immeuble à Londres, pas encore sauté.
● 65° gauche : Lignes électriques de voie ferrée – A éviter à tout prix
● 180° : Immeuble en verre, posé au pied très mauvais
● 45° droite : Parking, véhicules serrés
● 90° droite : Rue principale, attention aux lampadaires. Attendre qu'il n'y ait personne.
● De chaque côté du posé étroit se trouvent des lampadaires et des voitures garées.
● 20° droite : Culdesac
étroit, posé à privilégier. S'y jeter avant de toucher les câbles.
Si vous comptez faire un truc stupide, portez des équipements de protection adaptées.
● Casque
● Genouillères
● Coudières
● Dorsale
● Protègepoignets
● Gants
● Body armour
Libre à vous de porter ce que vous voulez, le BASE est un sport libre et sans règle, et j'espère qu'il
restera ainsi. Ce qui vous donne le droit de vous vêtir comme bon vous semble.
En observant quelques retours falaise, vous comprendrez combien il est malaisé de manoeuvrer sa voile en étant inconscient, ou avec les genoux ou les coudes broyés.
Je mets mon casque à chaque saut. La seule fois où je ne l'ai pas mis, j'ai eu un retard, et j'ai tapé un gros arbre sous une voile en cours de mise en pression. Mettez un casque.
J'ai déjà cassé deux casques.
Lors de mon premier retour falaise, il a fait son job, je m'en suis sorti debout. C'était un 'Oxygen
A3', pas mon casque préféré car il ne descend pas assez bas sur la nuque pour protéger le cou et le début de la colonne.
J'ai également ouvert en deux un 'Mad Max Ski', en rebondissant sur les rochers pointus d'un posé délicat.
Je devrais vraiment arrêter de posé vent arrière dans les blocs, mais j'étais bas, et la gorge était étroite, je devais vraiment éviter les rapides bouillonnants. Je suis malgré tout content d'avoir choisi les blocs, le torrent eut été pire. Un nouveau casque coûte moins cher qu'un nouveau visage.
Mon 'Mad Max' actuel est fendu à la mâchoire depuis un 180 lors d'un saut bas, et pas le temps de résorber. Parfois, il faut accepter le seul posé possible.
Ne faites pas votre premier saut d'ailes depuis une antenne locale de 300m, histoire d'avoir un peu d'entraînement avant la Norvège.
Ne débutez pas l'accro sur un saut où le caillou tape à 5.
A 4 secondes, il vaut mieux ne pas se trouver sur le dos, pieds en l'air, tentant de défaire l'extracteur du pied.
Ne restez pas planté là à regarder quelqu'un avec 35 sauts essayer de faire comme vous.
Le voir partir tête en bas puis dos est réellement effrayant.
N'essayez pas de faire du VR3 en BASE si vous n'y arrivez pas d'avion. Le carnage s'ensuit.
Ne faites pas un saut de test avec votre toute nouvelle voile depuis un saut à 50m.
Même si elle est faite pour ça. Vous pourriez taper les rochers durement en essayant de corriger un décrochage.
Ai je parlé des protections dorsales qui pourraient vous aider à vous en tirer ?
Emmenez toujours de quoi vous réchauffer à l'exit. C'est long 2h30 à trembler en tshirt
en attendant que la voiture de police en panne quitte le posé.
Attention aux endroits d'où vous ne pouvez plus redescendre si le vent ou les conditions changent.
Un saut par fort vent ou au posé dans un ruelle étroite n'est pas très sympathique en plein jour.
Tout peut changer quand il faut attendre que cette voiture de police parte.
Garer votre voiture dans le sens du départ. Devoir la manoeuvrer pour partir en étant blessé est très pénible. Envisagez de rapprocher une trousse de secours au plus près du posé, ramper jusqu'à la voiture peut sembler très long.
Ne sautez pas dans les nuages, sans connaître l'épaisseur de la couche. Si vous demander son avis à l'équipe au sol, assurez vous qu'elle connaisse l'emplacement de votre exit. Traverser 11 secondes de nuages avec des grosses vires à 7 n'est pas bien malin. Le calibrage des instruments s'applique aux avions, pas aux wingsuits. Tenter une orientation au cap lors d'un trou de bleu n'est pas suffisant.
Si vous partez pour un commandé, préparez votre extracteur pour ça. Ne vous contentez pas de le sortir de sa pochette et d'y aller. Le temps qu'il prenne l'air, les arbres ont le temps de devenir très gros.
Si vous y allez seul, comprenez bien les conséquences de vos actions. Que ce soit une décision réfléchie. Ca m'arrive souvent, mais je ne le recommande pas.
Apprenez les gestes de premiers secours. Vous devez bien ça à vos amis et familles. Prenez au moins un petit cours. Vous pouvez être amené à sauver un copain, ou un enfant. Impossible de justifier cette ignorance.
Maîtrisez les techniques basiques de corde, très utile pour monter ou descendre d'endroits inaccessibles sinon. Vous pouvez vous assurer vousmême,
même seul.
Assurez vous :
que vos copains savent qui appeler si ça se passe mal pour vous.
Assurez vous de connaître la route des urgences, ou de savoir quels copains appeler à l'aide.
Tous les sauteurs doivent prendre une radio, pas uniquement le premier et le dernier.
Un sauteur pendu sur une vire peut continuer de communiquer avec les secours. Si seuls le premier et le dernier sont équipés, il est toujours possible d'avoir les informations sur les conditions du posé
avant le saut, mais plus en cours de route.
Apprenez à parler à la radio afin de savoir communiquer avant et après le saut et que chacun comprenne.
Évitez d'atterrir vent arrière face à la pente sur terrain dur, à moins que votre copine soit fétichiste des béquilles.
Entraînez vous à manier une voile dans l'eau. Apprenez à sortir de l'eau en wingsuit. Les fjords norvégiens dépourvus de bateau ne sont pas le meilleur endroit pour apprendre.
Faites extrêmement attention aux accès. Il n'est pas drôle de glisser de 5m au sommet d'une face de 600m sur une toute petite vire. C'est encore moins drôle de devoir escalader le même dièdre glissant, sans pouvoir sortir ni la radio ni le piège du sac de portage, et que personne ne sait que
vous êtes là.
Quand le fjord est tout blanc, et que les sauteurs les plus expérimentés font demitour, suivez les.
Un tout petit posé rocailleux n'est pas un très bon posé de secours.
Les voiles sèchent plus vite que les os recalcifient.
Imperméabilisez votre matériel (radio, caméra...) si vous sautez sur l'eau, sans quoi le saut peut devenir coûteux.
Pour les sauts de montagne, apprenez les principes de base de l'outdoor. Carte, boussole, voir GPS.
Emportez des vêtements chauds et du matériel s'il faut redescendre. J'ai vu des gens marcher six heures avant de retrouver leur route en Norvège quand le brouillard descend.
Si vous prévoyez un saut au coucher du soleil depuis un exit isolé, pensez à la marche retour de nuit.
Prenez un GPS, une boussole, une frontale, de la nourriture, de l'eau, etc... Six heures dans une forêt sombre, c'est long.
Cinq kilomètres dans une sombre forêt de résineux, ayant manqué le posé, en essayant maintenant de trouver le sentier, sans vivre, sans eau, sans carte, sans même une frontale ou un GPS, c'est long.
Heureusement que le posé s'est bien passé.
Si les blessures compromettent votre vie ou un membre, rien à foutre du spot ou du matériel, appelez toute aide possible. Si c'est moins grave, essayez toujours de vous en tirer seul.
Ne laissez pas un débutant sauter seul. Nous devons les guider et leur apprendre. Nous ne devons pas les ignorer en espérant qu'ils s'en tirent. Certains d'entre eux sont très motivés.
Si vous lisez ceci dans l'idée de commencer le BASE, ne faites pas ça SEUL.
Si vous êtes chanceux, vous vous en tirerez seulement avec de graves blessures.
Je suis sûr que je pourrais en rajouter. N'hésitez pas.
Apprenez tout ce que vous pouvez auprès de tous.
Et quelques uns d'entre nous s'en sortiront peut être.